Nous le savons maintenant (car nous en avons parlé ici) : dans le principe, toute fourrure est un cuir qui a conservé son poil, ou sa laine pour la peau de mouton. Sur cette page et dans ce billet, j’évoquais la difficulté du travail du cuir. Pour la fourrure s’ajoute à cette difficulté la fragilité du poil. Nous voulons une fourrure avec un poil doux et épais, mais aussi visuellement irréprochable, par sa couleur, sa longueur et sa répartition.

Le fourreur va commencer par imaginer et construire un vêtement, comme le ferait un modéliste. Puis il le réalisera entièrement comme le ferait un couturier en y intégrant des peaux. On appelle fourrure le vêtement fini.

Les étapes du travail

peausserie

Renards chez le pelletier

Le fourreur reçoit les peaux d’un pelletier, un artisan qui les a préparées pour les rendre imputrescibles et aptes à la couture. Il les choisit en fonction de son projet, les trie et les dispose les unes par rapport aux autres pour la fabrication du vêtement.

Puis il va les couper, les travailler, les retendre, les assouplir, et les assembler, selon différentes techniques, s’assurant de la souplesse et de la solidité du vêtement sans perdre de vue sa fonctionnalité et son esthétique.

Alors que le couturier taille dans un coupon de tissu rectangulaire les pièces du vêtement qu’il va assembler, à l’inverse, le fourreur va former une par une les pièces du vêtement, à partir de plusieurs peaux, en leur donnant peu à peu leur forme définitive. La façon dont on monte le vêtement me fait toujours un peu penser à un tricot.

montage d'un manteau

Les fragments sont patiemment assemblés comme pour un tricot

Les défis techniques

Les peaux sont toutes différentes

Les peaux sont petites. Parce qu’un vison n’est pas une vache, un manteau sera constitué de nombreuses peaux, 30 ou davantage. Le fourreur doit les sélectionner pour les apparier et les placer harmonieusement. Il assortit les couleurs et les nuances, mais aussi la densité du poil et sa longueur, son dessin et son pli naturel. Le rendu visuel et le toucher ne devront pas donner à penser qu’il y a plusieurs peaux. Hormis les éléments de design choisis délibérément, on ne voit pas les coutures, on ne sent pas les coutures. Les techniques d’allonge, par lesquelles une petite peau est découpée et réassemblée en une longue bande de chevrons, permettent un rendu homogène et esthétique sur des pièces étendues.

intérieur manteau vison

Envers d’un manteau de vison travaillé en allonge

La couture est difficile

Ce poil épais que le fourreur préserve par tous les moyens, il ne faut en aucun cas l’abimer. Mais pourtant, il nous gêne. Il nous faut coudre ensemble des pièces qui glissent l’une sur l’autre, le poil se rebrousse, nous cache le travail, s’insinue dans les assemblages. Si vous avez déjà travaillé avec de la fourrure synthétique, vous voyez ce que je veux dire.

surjeteurse fourreur

Couture machine à la surjeteuse fourreur

Le vêtement est lourd

Par sa densité et sa longueur, le poil a tendance à rigidifier et alourdir le vêtement, ce qui accroit la difficulté du travail au fur et à mesure de son avancement.  Pour donner plus de souplesse au vêtement, le fourreur a recours à des techniques de découpe et d’assemblage très élaborées, mais minutieuses et chronophages.

travail d'allonge et galonnage

Vison en allonge et galonnage de cuir velours

Le cuir est souvent fin et fragile

L’animal est choisi pour la qualité de sa fourrure et non pour la résistance de son cuir. Et lorsque le cuir est fragile, la peau se déchire facilement. Les pièces doivent être renforcées avant ou pendant l’assemblage, maintenues par des toiles et des renforts cachés à l’intérieur du vêtement, qui alourdissent et rigidifient encore l’ensemble.

Les qualités du fourreur

Le fourreur est un artisan très polyvalent qui maîtrise une vaste gamme de compétences : Il doit savoir s’intéresser à la mode pour proposer à son client des créations fonctionnelles et de bon goût, dont il assurera toute la fabrication. Il se fait tailleur pour la prise de mesures, la réalisation d’un patron, les essayages et les retouches. De surcroît, il dispose des connaissances et du savoir-faire de sa spécialité: il sélectionne les peaux et les apprête en une série d’opérations complexes, avant d’assembler les coupes, fourrure et cuir, en couture à la main et à la machine. Il est exigeant sur la qualité de la moindre finition, car son matériau ne permet aucune imprécision.

Un mot des machines et équipements

À l’heure où j’écris ce billet, je ne dispose que d’une partie des machines qui équipent les grands ateliers de fourreurs. Ces machines sont bien sûr onéreuses car très spécifiques. Elles sont également de plus en plus rares, puisque cet artisanat est en régression constante. Les ateliers ferment sans trouver de repreneur, les équipements ne sont plus entretenus ou dispersés et mis au rebut. De nos jours, le savoir-faire du fourreur est encore préservé dans le nord de l’Europe et en Scandinavie quoiqu’en recul, en Russie et au Canada. La plus grande part de l’activité s’est exportée en Chine, ou les machines sont revendues puis copiées.

Quelques-unes des photos qui illustrent ce texte sont prises dans mon atelier à Vendôme. Les autres sont tirées de vidéos mises en ligne par des professionnels. En voici les liens:

https://youtu.be/Kg8UF73WXRc

https://youtu.be/SVOADe6bmHk

https://youtu.be/rA-Tl6pxUH0

Également sur le blog :

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surpiqure poche blouson cuir
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