Encore des plaids en fourrure

Après mon billet sur la confection de plaids en fourrure, vous avez été nombreux à me demander des devis, ou même des conseils pour réaliser vous-même votre plaid en fourrure. Je reviens volontiers sur ce thème pour donner davantage d’illustrations de mon travail, en vidéos, dans trois cas bien différents.

Une réparation

Nadège, du Jura, m’a confié un plaid rapporté du Canada, en fourrure de coyote. Dans la plupart des états d’Amérique du nord, le coyote est classifié nuisible à cause des dégâts qu’il inflige aux cultures et aux cheptels. Là-bas la chasse au coyote est ouverte et autorisée toute l’année (comme pour le castor).  C’est une espèce nocturne, intelligente, hardie et adaptable, qui n’hésite pas à se rapprocher des villes pour trouver de la nourriture, de l’eau. L’espèce n’est pas menacée pour le moment, les associations de défense de la faune essaient de gérer au mieux les contacts.

Le plaid a été endommagé par les chats de la maison et présente deux trous importants qu’il faut refermer par greffon.

Le détail du travail dans cette vidéo de 5 minutes:

Une couverture très travaillée

Dans la vidéo suivante, je prends le temps de vous montrer un exemple de travail très élaboré. Le jeté de canapé doit s’assortir au style et aux coloris du mobilier d’une bibliothèque parisienne. Le manteau d’origine est un beau vison travaillé avec soin, comme vous pourrez le découvrir.

Je vois trop souvent des manteaux assemblés à moindre frais, qui forcément se déchirent facilement dès que les peaux vieillissent un peu. Pour moi, c’est aussi le signe que le fabriquant a voulu maximiser la marge et qu’il n’a pas peut-être pas choisi non plus les bêtes les mieux traitées. Il y a suffisamment d’élevages qui ne respectent pas les normes d’hygiène et de bien-être animal imposées aux visonnières européennes, chez qui on peut acheter des pelleteries moins chères.

Une zibeline assemblée par un mauvais fourreur sans la moindre protection. La doublure est direct au contact des peaux.

Fatalement, quand ça craque, les dégâts sont considérables.

Ici nous avons un manteau qui rend vraiment hommage aux peaux qui le constituent et qui aurait pu être porté encore dix ou quinze ans. Plutôt que d’assembler le plaid en réarrangeant les morceaux principaux du manteau laissés entiers, ce qui donne un résultat plus grossier, j’ai fait un autre choix de motif : J’ai assemblé en bandes plus fines. La doublure est apparente avec une bordure en onglet pour une belle finition.

Le visionnage dure 8 minutes.

Motif large

Motif de bandes plus fines

Doublure apparente en onglets

Et à la main?

Après avoir vu cette vidéo, vous comprendrez mieux sans doute la réponse que j’ai faite à Marie-France, de Dijon, qui m’appelle pour me demander comment faire elle-même son plaid, sans machine, à la main. Elle était déçue mais, à mon avis, on ne peut pas. Le vêtement en fourrure date de l’apparition de la machine à coudre.

Petite digression historique sur la machine à coudre

Même si l’étude de René Thevenin, 1949, consultable à la Bibliothèque Nationale https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3373548q/f20.item nous signale un habit destiné à Philippe le Long, en 1316, qui nécessita 1300 peaux d’hermines. Probablement une ample cape comme illustré ici

Ce qu’on faisait, avant la machine à coudre, c’était de petites pièces, des cols ou des garnitures en bas des manches et des chapeaux. Les peaux d’ours utilisées pour les bonnets à poils des grenadiers et autres régiments sont mises en forme par mouillage et moulage avec le moins de coutures possible pour rester étanches.

En 1830 le lyonnais Barthelemy Thimmonier dépose le brevet de la première machine à coudre mécanique. C’est une machine en bois avec une aiguille crochet, qui effectue avec un fil continu un point de chaînette, pas très solide. Par peur de la concurrence, elle sera violemment rejetée par les ouvriers-tailleurs parisiens. Les idées de Thimmonier vont être reprises et développées en Amérique, en particulier par Isaac Singer, qui met au point en 1851 la machine à coudre moderne. Elle est très mal acceptée à ses débuts par les ateliers, à New York comme à Paris. Mais lorsque Singer la propose aux particuliers, le succès est foudroyant. Vers 1890, 8 foyers français sur 10 en possèdent une. En métal de fonderie, avec des ornements en nacre et des inscriptions dorées, la machine à coudre est, dans l’histoire de la technique, la seule invention qui a été mise au point pour un usage domestique, avant de l’être dans les ateliers de couture. En 1921 Singer lance la première machine à coudre avec moteur électrique.

Cette photographie de 1923 montre l’un des premiers ateliers de fourreurs parisien à s’être équipé de machines. Les pelleteries à assembler sont disponibles au milieu de la table, dans une gouttière où tout le monde pioche. Les bancs sont durs, le jeune homme à gauche est assis sur une pile de peaux!

Le vêtement tout en fourrure tel que nous le connaissons aujourd’hui n’apparait qu’après la Grande Guerre, quand l’électricité va être accessible dans les ateliers et que les pelleteries nobles pourront être acheminées de Russie à moindre coût (renard, marte, zibeline). Après la fermeture de l’espace soviétique en 1945 le vison deviendra la première pelleterie de luxe en Europe. Les fourrures communes comme le lapin, écureuil, ragondin, mouton étant travaillées aussi bien-sûr.

Coudre des fourrures à la main, ou à la machine à coudre domestique, c’est la déchirure garantie, des plis et des fronces, un assemblage raide et irrégulier. Et beaucoup, beaucoup d’heures de travail. La couverture ci-dessus, c’est environ 100m linéaires de couture avec 2 ou 3 points au millimètre.

La version light

Vous souhaitez limiter le budget de votre plaid aux opérations d’assemblage que vous ne pouvez absolument pas faire vous-même? C’est possible. Je prends juste en charge les étapes qui ne sont pas à votre portée. Dans la vidéo suivante (visionnage: 3 minutes) Catherine, de Rennes, m’a demandé d’effectuer seulement une partie du travail. Elle a entièrement démonté le manteau et trié les pièces qu’elle m’a expédiées pour réparation, assemblage et garnissage.

La fourrure est du pahmi, à la mode à l’époque de la guerre d’Indochine, car peu onéreuse et résistante. Elle se travaille par simple juxtaposition de peaux entières et ne nécessite pratiquement pas de renfort à l’intérieur. C’est un petit blaireau d’Asie du sud-est (pahmi est le nom commercial, personne n’aurait acheté un blaireau).

  • Donc si vous savez découdre, pour démanteler proprement,
  • ou si vous savez coudre, pour poser vous-même à la main la doublure de votre choix,

vous pouvez me contacter pour un travail partiel.

Attention à ne pas couper les poils si vous séparez des assemblages, mais juste la peau. Et ne jetez les morceaux qui vous paraissent inutilisables, envoyez-les-moi avec le reste, je peux en avoir besoin pour une réparation.

 

À tout de suite dans les commentaires !

Annie-Claude

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